Interviews

 

 Bonjour,
Il se vit tant de belles choses à Hurtebise que j'ai voulu t'en faire part !
Durant presque 3 ans, j'ai donc fourré mon petit bec en quelque endroit du monastère pour y découvrir une personne et lui demander de nous dévoiler ce qu'elle y fait de bon et de beau...
Tu peux retrouver sur cette page l'interview d'une sœur ou d'un laïc proche du monastère...
                                                                                                                                        la Nonnette
juin 2014 : Chanter avec sœur Thérèse-Marie
mai 2014 : Danièle, fidèle au monastère
avril 2014 : Soeur Marie-Jean et la Liturgie des heures
mars 2014 : Après-midi de solidarité avec les Philippines
février 2014 : Soeur Marie-Pierre, sacristine
janvier 2014 : Faisons un tour à la boutique avec Marie-France
 Retrouvez les interviews de 2013 !
 
décembre 2013 : Visiter la chapelle avec sœur Bénédicte
novembre 2013 : Les amis du jardin
octobre 2013 :   Soeur Marie-Raphaël, hôtelière
septembre 2013 : Françoise et la Belle Porte
en été, je vous ai proposé un jeu-photos du monastère !
juin 2013 :      Soeur Samuel fait profession
mai 2013 :       Les ermitages avec Benita
avril 2013 :     Soeur Colomba et la biodiversité
mars 2013 :     Jacquy : au rythme du monastère
février 2013 :   Sœur Bénédicte nous invite à un autre regard
janvier 2013 :  Martine : 25 ans de travail au monastère
 Retrouvez les interviews de 2012 !
 
décembre 2012 :   Soeur Godelieve, aquarelliste !
novembre 2012 :  Brigitte et la retraite des enfants
octobre 2012 :      Les soeurs au potager
septembre 2012 :  Marie-France à la ferme Pirlot
août 2012 :         Soeur Marie-Pierre auprès des orchidées
juillet 2012 :       Raymond et la Lectio Divina
juin 2012 :         Soeur Marie-Raphaël : un récital !
mai 2012 :          Du théâtre au monastère avec Rosy, Anne, Ilona et les autres
avril 2012 :        Soeur Marie-Jean parle des soirées de Carême
mars 2012 :        Marc et son atelier d'icônes
février 2012 :     Soeur Thérèse-Marie de retour d'Israël
 
 
                                                          
juin 2014
Dans un monastère, on chante... des heures chaque jour ! Et c'est merveilleux.... ce n'est pas une petite mésange qui vous dira le contraire... Voilà donc un beau sujet d'interview et je m'en vais à tire d'aile trouver sœur Thérèse-Marie...

Bonjour Nonnette. Tu veux parler du chant ?  
Et bien, je commencerais bien par te citer Guillevic :
        « Il semble parfois
        Que le chant
        Ne vient pas d’une source,
         
        Qu’il existe par lui-même,
        Permanent,
         
        Qu’il dit l’éternité. »
Alors dis-moi Nonnette, que voudrais-tu savoir ?
 
Depuis « toujours », au moins depuis Moïse…, chant et louange du Seigneur ont été associés. Pourquoi ?
Oh, chère Nonnette, je ne suis pas musicologue, je n’ai pas fait d’étude approfondie sur cette question. Alors je vais te répondre non en historienne de la musique, mais avec mon intuition, ma conviction, et une parole extraite de la lettre aux artistes du Pape Jean-Paul II du 4 avril 1999 : Par le chant, la foi est expérimentée comme un cri éclatant de joie et d'amour, une attente confiante de l'intervention salvifique de Dieu. Le chant donne comme une nouvelle dimension à la Parole, il la pénètre du Souffle, il la porte, la fait rebondir dans l’espace. La Parole chantée s’élève comme en une danse où tout l’être est pris et se donne.
Guillevic écrit :
                      « Le chant
                      Ouvre ses espaces
                      En dehors de l’espace »
Et le chant n’est pas uniquement associé à la louange, il porte aussi la plainte, l’intercession, le désir…

Quelles sont les qualités d’un beau chant liturgique ?

La musique est au service de la Parole. La qualité du texte chanté est donc importante. Une hymne liturgique est un poème porté par la musique, développé par la musique. La poésie est une manière de dire le mystère, de pointer vers lui. Elle ne le définit pas, mais tourne vers lui. Elle est un discours d’ouverture, qui mène au-delà de lui-même. La musique vient renforcer cette ouverture, en faisant s’élever la parole à travers l’élévation de tout l’être. Aussi la musique doit vraiment porter la Parole. Parole et musique doivent être en synergie comme le Verbe et l’Esprit, qui par leur œuvre commune, mènent au Père. Un beau chant ouvre à plus grand que lui, il mène à Celui qui est Beauté, Bonté, Parole et Souffle, au Créateur.
      « Le chant
      Insinue toujours
       
      Qu’il est là
      Pour le salut de ceux
      Auxquels il se donne. » Guillevic

L’architecture de la chapelle est-elle propice au chant ?
Nous avons cette chance extraordinaire d’avoir une chapelle qui accueille le chant et le déploie. L’acoustique est superbe. Les voix sont nouées en une gerbe et s’élèvent ensemble. Il n’est point nécessaire d’être une foule à chanter, ni de forcer les voix, pour que le chant s’élève. Il est véritablement porté par cette acoustique. Et c’est une belle image de l’Église. Comme les pierres de cet édifice soulèvent notre chant, ainsi la communauté ecclésiale, l’Église vivante porte notre foi, notre prière.
 
Quelle est la place des instruments de musique ?
Qu’il y en ait peu, à part l’orgue, cela est-il voulu ?
Les instruments accompagnent le chant ou offrent un moment musical au service de la prière. Je rêve que la cithare retrouve une place dans l’accompagnement de la psalmodie, et aussi d’autres instruments, mais cela suppose qu’une de nous consacre du temps à découvrir l’instrument, l’apprivoise, et en joue. L’office n’est pas un concert avec orchestre professionnel et chorale. C’est la prière du peuple de Dieu, de l’Église qui est à Hurtebise (pour parler comme les premiers chrétiens), elle est donc organisée en fonction des dons, des possibilités des membres de cette communauté ecclésiale. Quand un(e) artiste est de passage, nous aimons l’inviter à intégrer son art dans la prière des heures ou la liturgie eucharistique. Il n’en reste pas moins que mon instrument préféré, c’est la voix humaine. Quand tu chantes, tu le sais petite Nonnette, c’est tout ton être qui est convoqué, qui est mobilisé, impliqué. Le chant nous rassemble, nous unifie. Mon désir, Tagore l’a exprimé simplement en sa poésie : Que je fasse de ma vie, une chose simple et droite comme une flûte de roseau Que Tu puisses emplir de Ta musique.

Les hôtes sont parfois un peu perdus… Penses-tu que l’on s’initie en participant ?
Ou que c’est d’abord l’office des sœurs et qu’y participer n’implique pas d’en comprendre chaque pas… ?   
Oh là petite Nonnette, tu en as des questions ! Je vais tenter de te répondre, mais tu réinterrogeras si je n’ai pas répondu à ton attente. Je pense qu’il n’est pas nécessaire de comprendre chaque pas pour entrer dans la liturgie. Et en même temps une certaine compréhension aide à y entrer. Quand tu as appris à chanter, petite Nonnette, tu as tout simplement commencé par gazouiller comme tu entendais tes parents, tes amis gazouiller … sans réfléchir. Tu as joint ton chant à celui qui jaillissait du buisson où tu vivais. Peu à peu ton cœur s’est ouvert à la profondeur du chant, et tu as perçu qu’il te façonne autant que tu le façonnes. Connaître la théorie sur le chant, sur la liturgie n’est pas le tout, il faut encore entrer en liturgie avec tout ton être, devenir liturgie. Tu le sais : quand tu as appris à voler, connaître en ta petite tête l’art d’utiliser le vent ce n’était pas encore voler, savoir que tu peux alterner « planer et battre des ailes » ce n’est pas encore voler, mais t’élancer dans l’air, là c’est une toute autre expérience. C’est pareil dans la liturgie.
 
Que penses-tu quand tu entends les gens dirent : « On va aller écouter chanter les sœurs » ?
 
Bon, tu me connais, tu sais que je n’aime vraiment pas que l’on arrive à la liturgie comme spectateur au sens étroit du terme, j’aime qu’on y entre en participant. Mais cette participation peut être silencieuse ou chantante. Si l’écoute est celle du cœur, une écoute dense, alors ok pour la formule. Guillevic te le confirme :
                                                                                                         « Entendre le chant,
                                                                                                              C’est s’ouvrir
                                                                                                              A l’immensité
                                                                                                          De cette promesse
                                                                                                             Qu’il apporte,
                                                                                                         Fait presque toucher. »
J’aime que tous se sentent concernés par la liturgie, que tous prennent part et forment une assemblée célébrante. Par la liturgie nous sommes Corps du Christ. Nous nous laissons traverser par le Souffle de l’Esprit. Nous devenons « louange de la gloire » du Père.

Est-il important de rester dans le répertoire monastique classique ?
 
Existe-t-il un répertoire monastique classique ? Si tu vas d’un monastère à l’autre, tu découvriras une certaine diversité. Et le choix de chaque communauté est lié à sa tradition propre ainsi qu’à son orientation d’accueil. Certaines communautés vont privilégier une « liturgie monastique » pour la communauté des moines ou des moniales, d’autres vont privilégier une « liturgie monastique » pour le peuple de Dieu qui se réunit en ses murs. Il revient à chaque communauté de réfléchir ses options et de se situer. Il est clair aussi qu’une communauté monastique se réunit plusieurs fois par jour pour célébrer l’office et l’eucharistie, il ne peut être question de tout renouveler chaque matin. Mais on peut créer à l’occasion. Par exemple, nous aimons qu’un groupe d’enfants en retraite prenne une part active dans une célébration, etc… Il y a divers types de liturgie, comme il y a diversité de communautés et c’est important. Tu connais le dicton : Chacun chante comme son bec est fait ! Mais il est un fait que l’importance de la liturgie en nos vies nous invite à une sélection de qualité dans le choix des hymnes, des antiennes. Certains chants sont vite usés, d’autres traversent le temps sans prendre une ride.
Dans le monastère, la place du chant est-elle uniquement à la chapelle ?
 
C’est sa place principale certainement. Mais le chant de l’office habille le reste de la journée. Tu sais, quand tu habites le silence, le chant intérieur ne tarde pas à monter dans ton cœur. A certaines occasions, nous aimons chanter ensemble en dehors de la liturgie : pour fêter Noël : les petits chants de Noël sortent souvent à la rencontre du soir… Pour fêter une sœur, il nous arrive de chanter, soit un chant qu’elle aime, un chant qui dit la joie du jour, ou un chant composé pour l’occasion…
Pour toi-même, qu’exprime le chant ? As-tu bonheur à pouvoir chanter l’office ?
 
Le chant dit ma foi, non seulement par les paroles qu’il articule, mais aussi par la musique qui le porte. Et par le don de tout mon être qui chante, le chant dit mon Amour. Oui, j’aime beaucoup chanter. Le chant met debout, il t’inscrit dans la vie de la Trinité : dans la verticalité de ton être, tu accueilles le Souffle et avec le Verbe tu le retournes en offrande au Père. Il est tantôt chargé de la douleur de notre humanité, tantôt de sa joie. Le chant est un éveilleur d’aurore en la nuit du monde. Il est un cri d’espérance, une confiance. Dans la fragilité du Souffle, il te mène au-delà des mots à la rencontre de l’autre, de l’Autre.
 
Souhaites-tu ajouter autre chose ?
 
Tu connais la question de Guillevic :
                                                                          « Est-ce que le chant
                                                                                D’un oiseau
 
                                                                          Aide un autre oiseau
                                                                          A trouver son chant ? »

Et bien, ma chère petite Nonnette, pour moi c’est clair, j’aime ton chant, il éveille le mien !
 
Et tu sais, la joie naît du chant... c'est pour cela que vous aimez notre chant, à nous les oiseaux du ciel....
Merci, et à bientôt, pour chanter ensemble !
                                                                                                                                la Nonnette (juin 2014)
mai 2014
Tous les jeudis, vous pouvez rencontrer Danièle au monastère... cherchez bien, si elle n'est pas à la boutique, c'est qu'elle est à la cuisine... mais son histoire avec le monastère remonte bien plus loin...
Bonjour Danièle !
Je crois savoir que tu connais le monastère depuis longtemps : te souviens-tu de tes premiers contacts avec Hurtebise ?
 
En effet, ça fait longtemps que je connais le monastère. La première fois, je suis venue, invitée par l'Abbé Gillet de Libramont à une journée de récollection. Après l'accueil chaleureux de Sœur Marie-Pia qui était hôtelière, nous étions allés à la salle à manger en attendant que le groupe soit au complet... et non pour prendre un petit café parce qu'à l'époque, la machine n'existait pas ! C'était le temps des thermos et des petites tasses brunes à moka. Sœur Marie-Raphaël, qui était novice, et Sœur Marie-Bénédicte étaient occupées à dresser les tables pour le midi. Je me souviens encore de leur sourire communicatif. J'avoue avoir pensé « si jeunes et si jolies comment peuvent-elles être heureuses dans un monastère ? »
Pendant plusieurs années, je venais ainsi, deux dimanches par an. Mais avec ce groupe, nous restions entre nous, je ne connaissais même pas la chapelle.

 

Outre qu'Hurtebise est tout proche de chez toi, qu'est-ce qui fait que tu y viennes si volontiers ?
 
En 1996 ou 97, j'ai eu envie de suivre ces paroles « viens à l'écart et repose-toi un peu » et « quitte ta famille et suis-moi ». J'aurais pu aller à Orval qui est plus proche de chez moi mais je « connaissais » Sœur Marie-Raphaël, entre temps devenue hôtelière, et comme j'avais perdu toute confiance en moi, je me disais que j'avais plus de chance d'être acceptée à Hurtebise... J'ai découvert la magnifique chapelle, la nature tout autour et son lointain horizon, l'oratoire au sous-sol... mais surtout je me suis sentie accueillie comme quelqu'un d'important. Maintenant, cet accueil des Sœurs me donne l'impression d'arriver dans ma deuxième famille.
Aimes-tu participer aux offices ?
 
J'aime vivre au rythme du monastère : la liturgie des heures et ses offices, me permet de me recentrer, de redécouvrir l'essentiel. Même si tous les psaumes ne me parlent pas, le fait de les entendre chanter, de partager la prière avec les Sœurs, procure de la joie. C'est apaisant. En plus, c'est toujours fête au monastère, les religieuses vivent dans l'espérance, elles célèbrent la vie et c'est contagieux... Regarde Mère Thérèse, elle rayonne de joie de vivre...

Depuis quelque temps, je te vois souvent le jeudi, pourquoi ?
 
Rien ne t'échappe, Nonnette ! Depuis novembre, Jackie étant partie, je viens chaque jeudi parce que Marie-France qui tient la boutique est en congé ce jour-là et c'est en plus jour de cours pour les novices... J'ai donc la grande chance de pouvoir venir faire du bénévolat à l'accueil et à la boutique chaque semaine.
Est-il important pour toi d'apporter ta petite pierre à la vie du monastère ? Comment vis-tu cela ?
 
Oh oui, c'est important ! J'ai l'impression d'être utile et ça me fait plaisir de pouvoir rendre un tout petit service à côté de tout ce que j'ai reçu et que je reçois encore de la communauté. Quelle chance de pouvoir se rendre dans un tel endroit !!
Qu'est-ce qui t'a frappé depuis que tu remplis ces tâches ?
 
La grande disponibilité des Sœurs, leur accueil phénoménal et pourtant, ce sont des femmes « normales », je veux dire, comme moi... Elles sont extraordinaires.
Tu dois t'en rendre compte, toi qui niches là-bas...
Pour terminer, je te dirai que la communauté a fait grandir ma foi, elle m'aide à prier, à remettre Dieu au centre de ma vie...
Si tu rencontres les religieuses dans le jardin, tu veux bien leur dire merci pour moi ? Je leur dois énormément.
 
Oh oui, je leur dirai ! Merci à toi, Danièle, et à bientôt sûrement,
                             la Nonnette (mai 2014)
avril 2014
Dans notre découverte de ce qui se vit à la chapelle, j'avais quantité de questions concernant les Offices et j'ai interrogé sœur Marie-Jean.
Bonjour sœur Marie-Jean !
En fait, je cherche une sœur qui voudrait me parler un peu à propos des offices…
 
Oh, je t’en parlerai volontiers, petite Nonnette, car je les aime bien…
 
Chic ! Alors dis-moi d'abord  pourquoi cela s’appelle aussi la liturgie des heures ?
 
On parle de « Liturgie des Heures » car, comme le dit son nom, elle suit les heures…
du jour et un peu de la nuit. Le mot « liturgie » signifie « œuvre/action du peuple ».
C’est la prière de tout le peuple de Dieu et en particulier des moines et des moniales.
Mais « Liturgie des Heures » n’est pas le seul mot employé. Les termes de « L’Office divin », « L’office », « L’œuvre de Dieu » recouvrent la même réalité. 
Chanter l’office est une part importante de notre journée. Nous pouvons ainsi orienter vers Dieu toutes nos activités… et notre sommeil. Fondamentalement, chanter l’office,
c’est répondre à l’invitation de Jésus : « Priez sans cesse » (Lc 18, 1).

 

Y a-t-il des offices plus importants que d’autres ?

Oui, les offices de Laudes et de Vêpres sont les plus importants. C’est surtout le concile Vatican II, qui a eu lieu entre 1962 et 1965 qui l’a rappelé. A Laudes, le matin, un temps de louange ; à Vêpres, en début de soirée, un temps d’action de grâces et d’intercession (c’est-à-dire de prière pour tout ce que vivent les hommes et femmes sur notre terre).
Mais ils sont tous importants, puisqu’ils sont une occasion de concrétiser l’attachement que Dieu a pour nous et que nous avons pour lui !
L’office est en bonne partie constitué de psaumes : pourquoi et comment sont-ils choisis ?
 
Nous sommes bénédictines ; nous suivons donc la Règle écrite par Saint Benoît qui a vécu au 5e siècle. Dans sa Règle, les chapitres 8 à 20 traitent précisément de l’office et de la distribution des psaumes. Benoît les a répartis en fonction de deux critères.
D’un côté, l’heure du jour, à Laudes et à Complies : on ne chante pas « Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors… » (psaume 4) le matin, mais avant le repos de la nuit ! 
De l’autre côté, les psaumes des autres heures se succèdent au fil des offices, en veillant à un découpage équilibré et pour que nous psalmodions les 150 psaumes en deux semaines…
Aux fêtes, il peut y avoir des modifications : certains psaumes conviennent mieux pour un apôtre que pour une fête de Marie. Il est éclairant de découvrir le sens du choix de tel psaume.
Tu as remarqué que nous chantons un petit refrain avant chaque psaume : c’est « l’antienne ». Elles sont toutes différentes : elles servent à « colorer » le temps liturgique ou le saint célébré. Cela renouvelle le psaume ! Ainsi, ils ne sont jamais les mêmes…

 

Y a-t-il toujours une lecture ? Des intentions ?
 
Si la psalmodie est parole humaine à l’appel de Dieu, l’extrait de l’Ancien ou du Nouveau Testament est prise de parole de Dieu.
Notre Dieu est un Dieu qui se révèle. Ecouter sa Parole, c’est apprendre à le connaître, à recevoir la Bonne Nouvelle qu’il veut nous transmettre aujourd’hui.
Quant aux intentions, elles peuvent être exprimées à haute voix à Laudes et Vêpres (les hôtes ou gens de passage peuvent aussi en dire !), mais elles sont toujours présentes au creux de nos cœurs… Lorsque nous psalmodions, nous ne le faisons pas que pour nous-mêmes, mais aussi pour toutes les intentions, celles qui nous sont confiées et celles de notre monde. Tu sais comme moi, Nonnette, que notre monde a bien besoin de Paix, de Justice, de Joie… 
Oh oui,... Mais, dis-moi, tout cela n’est-il pas un peu compliqué ?
 
C’est comme apprendre à voler… Une Mésange nonnette a aussi dû apprendre, essayer, tomber, réessayer, s’emmêler dans ses ailes…
Au monastère, les jeunes sœurs apprennent à chanter, à trouver leurs fiches de chants dans les différentes fardes… s’y perdent parfois… et en comprennent peu à peu le sens.
Mais les sœurs doivent surtout apprendre à être présentes à l’essentiel : la présence de Dieu en leurs vies…
C’est comme pour l’année liturgique : ce cycle avec ses différents temps privilégiés (Avent, Temps de Noël, Carême et Temps pascal). Avec les années, ce cycle nous devient intérieur, car ces mystères nous rejoignent et façonnent nos vies…

Et quels sont les gestes posés lors de l’office ? Que signifient-ils ?
 
Tu as dû remarquer que les sœurs se lèvent, s’assoient, s’agenouillent, s’inclinent…
Ces différents gestes ont du sens… Nous nous tenons debout pour l’hymne, ce chant d’entrée choisi en fonction du temps liturgique ou de la fête : il donne la tonalité de ce qui est célébré. Ainsi, une hymne de Carême n’est pas de la même couleur qu’une du Temps pascal…
Nous nous asseyons pour psalmodier ou écouter une lecture ; puis nous nous inclinons à la fin du psaume lors de la doxologie, comme le suggère Saint Benoît dans sa Règle. C’est notre façon d’honorer notre Dieu trinitaire (Père, Fils et Esprit-Saint).
A mon avis, la nonnette aussi a différentes façons de se tenir, en fonction des circonstances… Tu m’en parleras un jour, j’espère !

 

Je te vois parfois apporter de l’encens…
 
Certes. Ce parfum de résine d’arbre qu’est l’encens exprime la montée de la prière vers Dieu. Le geste ajoute un aspect plus solennel… Il n’est d’ailleurs brûlé qu’aux grandes fêtes appelées « Solennités » (ces fêtes dont la célébration est déjà anticipée la veille) : Noël, Pâques, Saint Benoît…
Je suis comme le roi Mage à la crèche ! Lorsque j’élève l’encens, je prononce intérieurement une intention de prière. C’est plus précisément pour telle ou telle personne que je l’élève…
 
Il me semble qu’il est essentiel pour une communauté de se rassembler pour l’office....
C’est vrai. Se rassembler à l’office est fédérateur et stimulant. Si chaque sœur ne priait tel office qu’à l’heure où cela lui convient, nous ne serions jamais ensemble…
Se donner ce « rendez-vous » entretient la fidélité de notre choix de vie et consolide notre communauté de sœurs : on est en communion !
Et puis, nous y goûtons la joie de chanter… J’adore la polyphonie !
Est-ce que la liturgie des heures vous demande beaucoup de travail de préparation et de répétition ?
 
Avant d’introduire une nouvelle hymne ou de nouvelles antiennes, nous les répétons. Nous avons ajouté l’office de Carême il a 2 ou 3 ans. C’est gai d’avoir du neuf !

 

Dans la liturgie des heures, y a-t-il quelque chose qui te touche plus particulièrement ?

A un prêtre qui lui demandait une parole, l’Abbé Maurice Zundel a répondu : « Que Dieu vous soit neuf chaque matin ».
Ce qui me touche, c’est que l’office n’est jamais le même et ne doit jamais le devenir… On n’a jamais fait le tour de Dieu, comme de n’importe quel être humain.
Entrer à l’office en étant curieux de ce que je vais pouvoir apprendre de neuf… C’est valable pour l’office monastique comme pour chaque jour !
 
Voilà qui me fait encore plus goûter les offices... merci sœur Marie-Jean !
Et si je me pose encore des questions sur le chant, ce sera pour une prochaine interview !
                                                                      la Nonnette (avril 2014)
mars 2014
Fin décembre, il y a eu une journée exceptionnelle au monastère, au profit des Philippines : j'y ai promené mon micro.
Alors... au programme, d'abord un spectacle de contes et musique à la chapelle.
De l'orgue, de l'accordéon, de la kora... oh oh, cela me plaît ! Essayons de rencontrer les artistes.... Ah, là, le conteur...
 
Bonjour,
Je suis la petite Nonnette, reporter de service, et j'aimerais que vous vous présentiez un peu pour les lecteurs du site d'Hurtebise...
Pierre-Paul Delvaux, conteur « tout terrain ». Je pratique beaucoup le conte symbolique, finalement le conte qui fait réfléchir, c’est ça l’essentiel pour moi. Ces contes qui viennent de la grande tradition, au fond, ce sont des contes qui nous font voyager dans le temps, dans l’espace, mais surtout ils nous font voyager à l’intérieur de nous-mêmes. Dans un spectacle de contes, chacun prend un petit morceau et repart avec une pépite qu’il écoute, qu’il fait fructifier, c’est ça le conte symbolique.

Est-ce que votre choix de contes est fonction du public ?

C’est en fonction du contexte. Là, je vais prendre trois contes. Il y en a un que je dédie à la mémoire de sœur Julienne, une bénédictine de Liège: c’est un conte d’ânes. Il se fait que j’ai des ânes, des vrais, et le personnage de l’âne de la crèche m’a évidemment tout-à-fait fasciné. Et puis, ce sont forcément des contes où il y a pas mal de musique puisque nous avons ici la chance d’être entourés par un organiste, un accordéoniste, des chanteurs. La musique ne sera pas un simple ornement mais quelque chose qui fait avancer l’action.

Merci beaucoup !

Avec plaisir !

   

Bonjour, voudriez-vous nous dire pourquoi vous êtes ici et ce que vous allez nous proposer aujourd’hui ?
 
Je suis Florence d'Ansembourg, je suis ici parce qu’il y a eu un appel de la communauté pour aider les sœurs qui sont aux Philippines, pour la reconstruction d’hôpitaux, etc.. et je me suis dit que je proposerais bien de venir chanter et donner un concert. Alors j’ai appelé sœur Marie-Raphaël qui m’a dit qu’il y avait aussi un conteur qui était intéressé, Pierre-Paul. On s‘est mis ensemble, avec aussi José qui joue de l’accordéon, et Etienne  qui joue de l’orgue. J’ai écrit des chansons par rapport aux contes qu’il raconte et je joue entre autres de la kora, de la harpe sénégalaise. J’aime beaucoup faire cela, je le fais régulièrement pour de petits concerts, des messes de mariage, des funérailles. Je vais aussi dans les maisons de retraite, les hôpitaux. Je compose entre autres de la mélodie de psaume que je joue notamment avec la kora. Aujourd’hui je vais chanter de la musique baroque, l’Alléluia de Vivaldi, l’Ave maria de Caccini. J’aime aussi les Negros spirituals, la chanson française…
 
Nous nous réjouissons d’entendre et de voir tout cela !
Bonjour, je vois que vous êtes l'accordéoniste, voulez-vous vous présenter et nous dire comment vous êtes entré dans ce beau projet ?
 
José Cabay, je joue de temps en temps pour accompagner Florence dans des concerts ou des animations dans des maisons de repos ou autres. Je fais beaucoup d’animations de bal, je joue pour les danseurs donc. Je joue aussi bien pour des spectacles que pour des animations, ou pour des moments comme aujourd’hui, pour mettre un petit peu d’ornement musical à l’occasion du conte ; le choix de morceaux est fonction du contexte, il va sûrement y avoir beaucoup d’improvisation !

 
Mais je voudrais aussi interviewer l'organiste... dois-je voler jusqu'au jubé ? Ah, le voilà qui en descend...
 
Etienne Mottoul. Le monastère m’a appelé via Florence pour l’accompagner et jouer quelques pièces de Noël pour ce concert. C’était l’occasion en même temps de faire un geste pour les Philippines. Je suis l’organiste des paroisses de Bouillon et de Bertrix, je suis dans l’enseignement musical en tant que professeur à l’académie de musique de Bouillon, et dans l’enseignement de jour, à l’institut Notre-Dame de Bertrix et à l’institut Sainte Marie.
Je suis chef de chœur aussi, j’ai 3 chorales, les 2 chorales paroissiales de Bertrix et de Bouillon et je m’occupe également de l’ensemble vocal ou musical de Bertrix, mais là c’est un chœur mixte qui propose plutôt des concerts, musique profane, musique liturgique, messe de mariage etc.
 
Ce que vous nous proposez aujourd’hui est-il en rapport avec Noël ?
 
Aujourd’hui je vais vous proposer des pièces de Balbastre, un compositeur français. Il s'agit de 3 pièces de Noël. Ce sont des chants populaires français, des variations sur ces chants populaires. A l’époque, c’étaient des chants qui étaient chantés plutôt en famille et ce n’est que plus tard que ces chants sont arrivés dans la liturgie et dans l’église. C’est ce qu’on entendra tantôt.

Nous nous en réjouissons, merci !

 

Bonjour, est-ce que je peux connaître vos impressions après les chants et les contes qui nous ont été présentés ?
 
- J’ai passé un tout bon moment de recueillement, c’était magnifique, c’était varié, on passait de l’un à l’autre, des chants aux textes ; on a pu aussi chanter une fois, c’était très chouette, et puis écouter les contes était très touchant.
 
- C’était très original et vraiment très beau, parce qu'on voyait différentes facettes de participation, des plus âgés, des plus jeunes, et des chants, de la parole. C’était vraiment très réussi et nous croyons que c’est prometteur comme spectacle, cela me touche.
 
 - Ah, je suis d’accord, c’est un spectacle très original parce qu’il y a cette ambiance d’Hurtebise qui est unique aussi. Et cette association orgue et récit... J'aimais beaucoup la manière dont Pierre-Paul interpellait les acteurs, les musiciens; il faisait vraiment le lien entre la parole, le chant, la musique, et ses contes étaient très profonds aussi dans leur signification.
 
- J'ai aussi apprécié le fait d’avoir fait confiance aux deux jeunes filles, très jeunes, qui chantaient. Tous ont osé travailler un peu dans l’improvisation aussi, les artistes se sont mis ensemble à cette occasion, et ils ont répété il y a deux jours à peine..
 

          

    Vite, faire un petit survol au marché de Noël "solidaire"... avant que la foule n'arrive...

    Pour la circonstance, les soeurs ont même ouvert leur cloître, et heureusement, car il en fallait de la place !

    Les personnes pouvaient aussi voir en permanence un diaporama sur le désastre entrainé par le typhon mais aussi sur tout l'effort réalisé sur place par les soeurs bénédictines pour la recontruction des écoles, de l'hopital, et l'aide à la population.

 

Avez-vous déjà vu le diaporama, Monsieur ? Voulez-vous nous donner une petite réaction à la sortie ? 

C’est effrayant de voir tout ce que ces réalisations sont devenues après le passage du typhon et quand je vois l’espoir que tous les messages, tous les chants expriment… c’est la vie qui renaît.

Et vous madame, puis-je demander si vous avez aimé le diaporama, et ce que vous avez appris éventuellement ?

J’ai appris à situer vraiment les Philippines et tout le travail des sœurs réalisé là-bas sur place ; il y a énormément de personnes du pays qui sont impliquées. La presse nous envahit tellement avec le typhon et tous les soucis qu’il y a partout que, personnellement, je reconnais que je ferme parfois un peu les yeux par crainte d’entrer dans une certaine sinistrose. Mais là, c’est du concret. Ce que je souhaite vivre aujourd’hui, ce sont des actions en direct, où je sais où les fonds vont et où il y a toute cette entraide universelle qui s’organise.

 

Bonjour, ainsi c’est avec vous que les enfants ont dessiné ces beaux calendriers qui sont à vendre. Racontez-nous un petit peu cet épisode pour votre paroisse...

Je suis responsable de la catéchèse de la confirmation où les enfants reçoivent un enseignement, mais je voulais qu’ils puissent aussi agir comme témoins du Christ. Nous avons donc décidé de répondre à l’appel des sœurs d’Hurtebise. Nous avons lancé l’atelier dessin, en solidarité avec tout ce qui se passe aux Philippines. Il devait aussi y avoir la solidarité avec les enfants de Manille qui eux aussi faisaient des dessins mais ils ne sont pas encore arrivés…
Les enfants se sont donnés à fond dans ces dessins, d’ailleurs il y en a de très beaux.
Je pense qu’on ne doit pas s’arrêter là parce qu’il y a encore d’autres projets à faire tout au long de l’année pour que les enfants se rendent compte que c’est une action dans le temps.

Comment ont-ils pris connaissance des besoins des enfants aux Philippines, comment s’est fait la sensibilisation ?

Ils ont vu ce qui est passé à la télévision, on en a parlé dans les écoles et on en a aussi parlé dans les équipes, en catéchèse. Je leur ai aussi projeté des images, des extraits du montage que l’on vient de voir, mais je crois qu’on va encore s’en servir parce que les enfants viennent en retraite ici au mois de mars.

Ah, mais je me réjouis de les rencontrer à cette occasion ! Merci !

Oh, que de monde maintenant dans le cloître...

 

 

                                            

 
Bonjour, je vois que vous avez trouvé quelque chose qui fait votre bonheur, qu’est-ce que vous avez choisi ?
Le calendrier parce que cela vient de Wezembeek-Oppem, donc un peu loin d’Hurtebise et je trouve génial que des enfants se sentent concernés par cette opération de solidarité avec les Philippines, et puis ils ont fait de très belles choses. J’y écrirai tous les anniversaires... que j’oublie… alors, j’espère qu’avec le calendrier, je les oublierai un peu moins !
 
Et vous-mêmes, vous avez trouvé quelque chose qui vous plaît ? Un beau cadeau ?
J’ai craqué pour une petite mésange de sœur Bénédicte
Une mésange bleue !
Ah oui, j’adore les photos qu’elle fait. On a acheté une petite maison, et cela va figurer dans une chambre et je suis très heureuse !

la Nonnette (mars 2014)

février 2014
Comme promis, je suis retournée dans la chapelle : rappelez-vous, en décembre j'y avais rencontré sœur Bénédicte... Mais cette fois, c'est dans la sacristie que je me suis d'abord faufilée...
Bonjour sœur Marie-Pierre,
Je te vois souvent déambuler dans la chapelle pour préparer les célébrations… tu es donc sacristine !
Tu te doutes que j’aimerais te poser quelques questions…
 
Bien volontiers, Nonnette. Mais je voudrais d’abord te préciser que c’est sœur Elisabeth la responsable de la sacristie.
En général, j’assume le quotidien et elle, par exemple, prend en charge l’aménagement des lieux aux grandes fêtes : Noël, Semaine Sainte, Dédicace… A deux nous formons une bonne petite équipe complémentaire !

 Dis-moi, as-tu été souvent sacristine ?
 
J’ai toujours rempli des tâches en lien avec l’accueil des personnes.
Au monastère Sainte Gertrude, j’ai été hôtelière, et déjà sacristine aussi. Je m’occupais aussi de l’accueil des étudiantes qui kotaient chez nous.
Quand je travaillais à l’université de Louvain-la-Neuve, c’était comme bibliothécaire, et là c’étaient les lecteurs que j’accueillais….

Comme sacristine à Hurtebise, ce sont les prêtres que tu accueilles…

Oui. Bien sûr, ils ont déjà été accueillis au monastère par l’hôtelière, mais ici, c’est comme un nouvel accueil, dans un lieu et dans un but précis. Maintenant ce sont toujours des prêtres de passage qui célèbrent au monastère, certains connaissent bien la communauté, d’autres moins. Alors j’essaie chaque fois de créer un lien entre le prêtre et la communauté : il faut une vraie connivence car c’est lui qui va véritablement nouer l’assemblée. Je l’informe par exemple des groupes qui sont présents et je l’invite à les saluer en ouvrant la célébration.
Je lui explique les habitudes, tout en lui disant que les sœurs le guideront d’un regard si nécessaire. Et que ce n’est qu’une base, qu’il peut s’en écarter s’il le souhaite : un peu de surprise et de créativité est bienvenue ! La communauté s’adapte bien.
Tout cela est très important pour le bon déroulement de la célébration.

 

        

 

Voilà une belle vision du travail de sacristine !
C’est bien plus que préparer des objets !!
A propos d’objets, dis-moi, est-ce que la sacristie d’Hurtebise recèle des trésors ?
 
Ah ! Ah ! Non, il n’y a pas de cachette secrète ni de coffres scellés… !!!
La pièce elle-même est assez neutre mais fonctionnelle.
Par contre, la chapelle est superbe : tous ceux qui y entrent en sont frappés.
 
Tu aimes y travailler ?
 
Oui, son dépouillement crée un vrai climat de prière.
Quand j’allume les bougies, par exemple, je pense toujours que c’est le Christ qui est Lumière.
La croix surtout est très belle.
Y a-t-il parfois de la variété dans la préparation d’une célébration ?
 
Ce sont surtout les fêtes et les solennités que l’on essaye de marquer d’une façon spéciale, les dimanches aussi.
On choisit d’autres calices et patènes, le prêtre revêt souvent une chasuble, alors qu’en semaine, il préfère plutôt célébrer simplement avec l’étole.
Lors de certaines fêtes, une soeur apporte solennellement, dans un geste très beau et suggestif, une coupe d'encens qui reste au milieu du sanctuaire pendant toute la célébration. Son parfum délicat embaume alors tout le vaisseau.
Il y a aussi les fleurs, bien sûr : il y a des sœurs qui savent créer de beaux bouquets : c’est la richesse d’une communauté !

                                   

Veux-tu nous raconter une anecdote amusante ?
 
Oh, on rit souvent dans la sacristie ! Les prêtres qui y passent ont souvent beaucoup d’humour et c’est très sympathique. Et parfois on s’amuse vraiment, comme cette fois où j’ai proposé au célébrant de revêtir telle aube, et qu’il m’a fait remarquer qu’il était déjà prêt !

Et de bons souvenirs ?

Ce que j’aime beaucoup, ce sont des moments exceptionnels comme la semaine sainte quand il y a une petite équipe qui prépare attentivement les diverses célébrations avec le célébrant. On s’éclaire mutuellement, il y a place pour de la créativité : on peut introduire de petites choses, gestes ou textes, qui ravivent quelque peu la liturgie.
 
On voit que tu aimes beaucoup ce service que tu vis comme un lieu de rencontres diverses.
 
Les célébrants viennent parfois de partout dans le monde quand ce sont d’anciens missionnaires. Ils viennent aussi de tous les horizons spirituels, de lieux représentants les divers aspects de notre société…  J’ai la grande chance d’y côtoyer vraiment l’Eglise universelle !

 

Tu as envie d’ajouter quelque chose ?

Regarde, j’ai ici un beau texte du poète François Cheng, qui exprime bien tout ce que je viens de dire. Je te le lis en guise de conclusion ?

Oh oui, quelle bonne idée !

Ecoute : "Il faut sauver les beautés offertes et nous seront sauvés avec elles. Pour cela, il nous faut, à l'instar des artistes, nous mettre dans une posture d'accueil, ou alors, à l'instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d'attente attentive, une ouverture faite d'empathie..." (Œil ouvert et cœur battant)

Un tout grand merci, sœur Marie-Pierre !

 la Nonnette (février 2014)

                                                                       
janvier 2014
C’était le mois de décembre, le mois des cadeaux choisis pour ceux qu’on aime… alors, j’ai été picorer à la boutique du monastère… et j’en ai profité pour interroger Marie-France !
Bonjour Marie-France !
 
Ah, mais qui voilà, Nonnette, entre ! Tu viens admirer notre jolie boutique ?
 
Oh oui, et aussi te poser quelques questions !

Dis-moi, depuis quand existe-t-il une boutique au monastère ?
D'où est venue cette idée ?
La boutique a été ouverte en septembre 2011. L’idée d’ouvrir une boutique était présente dans les esprits depuis pas mal de temps : d’une part, elle constituerait un lieu de rencontre et, d’autre part, elle permettrait de rassembler les cartes dispersées sur les appuis de fenêtres des couloirs et de la grande salle. Enfin, elle permettrait aux sœurs de développer leur créativité et leurs compétences en artisanat et ainsi vivre de leur travail.

Et comment sont choisis les objets qui y sont vendus ? Qu'ont-ils en commun ?

- Voilà justement sœur Thérèse-Marie, je crois qu’elle est bien placée pour répondre à ta question.
 
- Comme tu vois, la boutique est petite. Aussi la plupart des articles sont
« fabrication » maison. Une exception à ce niveau est la  partie librairie,   nous sommes heureuses de pouvoir présenter à nos hôtes et visiteurs quelques livres. Le choix est essentiellement orienté vers des livres de spiritualité, des études bibliques, des témoins de vie, des livres pour enfants, mais pas uniquement. Enfin, nous avons fait une petite place pour quelques articles de solidarité, pour soutenir un monastère à Bethléem, et un en Inde. Mais l’espace étant réduit, nous ne pouvons élargir ces solidarités.

                         

En fait, il ne s'agit pas seulement de vendre mais aussi de fabriquer, de créer selon le label "fait avec amour"...

Oh oui ! Le label « fait avec amour » est certes adapté à l’artisanat en général, mais ici, il y a un enthousiasme particulier. Chaque objet réalisé par les sœurs et déposé à la boutique porte en lui et en sa créatrice le bonheur de celle ou celui qui le possédera.

Sœur Thérèse-Marie, cet aspect "création artistique" trouve aussi toute sa place dans un monastère, non ?

Oui, la beauté fait partie de la quête spirituelle de tout être, je pense. Et nous sommes tous créés co-créateurs. Il suffit de relire le récit de la création au livre de la Genèse. Notre humanité est appelée à poursuivre l’œuvre de création de notre Dieu. La recherche de la beauté élève les cœurs, elle humanise notre quotidien, et divinise les êtres. La vie monastique est un art de vivre, qui s’apprend aussi dans la pratique artistique. Trouver le geste juste, la couleur juste, la forme juste… aide à l’intériorité, à la vie juste au sens de ajustée. Ajustée à Celui qui nous appelle à la vie, au bonheur. 

                      

Et toi, Marie-France, tu es toujours prête à accueillir les hôtes qui aiment pousser la porte de la boutique... Mais y a-t-il aussi des personnes qui viennent expressément pour faire des achats ?

Oui, il y a des personnes qui viennent pour leurs achats. Le bouche à oreille fonctionne de plus en plus, et les habitants de la région savent qu’ils trouveront au monastère un livre ou un objet original. Il y a aussi les gens de passage, qui viennent se promener jusqu’au monastère et constatent qu’il y a une boutique. Ils poussent la porte par curiosité, musardent, regardent… Il y a souvent des chouettes rencontres !
Y a-t-il parfois des commandes, avez-vous le souvenir de demandes originales ?
 
Nous avons souvent des commandes, notamment de pièces brodées par soeur Elisabeth. Ainsi, une mamy a commandé des essuies avec le prénom de chacun de ses enfants et petits-enfants ! Et une troupe de théâtre a commandé autant de sacs brodés avec son logo que d’acteurs ! 

Ah, ça, c’est vraiment une idée amusante !

Des commandes pour les mariages, les naissances, les anniversaires sont assez fréquentes.
Nous proposons aussi aux personnes qui le souhaitent de commander livres et CD.

La boutique vit-elle au rythme des saisons ?
En ce mois de décembre, se met-elle en habit de Noël ?
Bien entendu ! Nous essayons d’adapter nos propositions aux saisons, aux temps forts, aux sessions et retraites organisées au monastère, aux groupes qui séjournent. Nous proposons aussi des ventes spécifiques de solidarité : ainsi, pour les Philippines, nous vendons actuellement des lainages, des cartes, des calendriers… et à la fin du mois de décembre il y aura un marché de Noël entièrement au bénéfice des Philippines.
Mais il y a les livres et objets « permanents », qu’on peut trouver en tout temps…

Avez-vous quelques nouveaux projets ou rêves dans vos tablettes ?

Agrandir la boutique pour diversifier encore notre offre…
pour installer un coin lecture… pour élaborer de jolis étalages thématiques… !

Souhaites-tu souligner autre chose ?

Bienvenue à tous ! La boutique est avant tout un lieu de rencontre et de partage : c’est ce qui fait son âme….
 

Qu’on se le dise !
Si vous voulez en savoir plus et commander, il suffit de visiter la page "Boutique" de ce site.
Et maintenant, je vais me laisser tenter : oh… ma photo sur cette jolie carte !
A la prochaine, Marie-France, et merci !
                                                                                                                                 la Nonnette (janvier 2014)